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Toujours la même série. Sempiternelle et effroyable vérité. Mort. Mort d’un proche. Comment supporter ? Pas le choix. On supporte. On nous l’annonce. Réaction. « Déjà ? ». On s’y attendait. Pas si tôt. Et merde. C’est pas le jour. Mais il y a un jour pour mourir ? Je sais pas. Pour soi-même, oui, sûrement. Pour les autres, non. Jamais. Et puis c’est quoi ces cons qui disent que l’amour est plus fort que la mort ? On beau les aimer, les gens meurent. Des fois, on se dit que ça sert à rien. Mais y a toujours… Un de ces sales matins… Où l’on se dit que l’amour… Ca sert à rien. Je me souviens de ton visage qui dormait dans ton cercueil, avec tes lèvres pincées. Ta peau blanche, maquillée. Regarder. Entendre des pleurs. Des sanglots. Moi non. C’est pas que je réalisais pas. Au contraire. Je réalisais peut-être trop. Oui. C’était fini. Tu étais morte. Ben c’est tout. C’est comme ça. La mort fait partie de la vie. Et puis dans l’église. Le curé qui disait ses absurdités. Mais écouter quand même, parce que t’y croyais, toi. Tout le monde chiale. La cathédrale est pleine. Des fleurs partout. Je regarde ces gens. J’ai accepté. Je suis impassible. Au fond de moi, c’est le déluge. Il pleut à sceau. Il pleuvra toujours. De plus en plus. Parce que je repense à ces moments. Trop rares ; si nombreux soient-ils. Et puis la pierre qui se referme. Je suis un des premiers à balancer une fleur sur le cercueil. Et puis j’attends. Triste. Pas un sourire. Pas une larme. Et puis je regarde les mecs en noir qui posent cette putain de plaque de ciment qui va t’enfermer à jamais, qui va te laisser là, pour toujours. Une boite de ciment. Et puis repartir. Seul dans ma bagnole. Fenêtres ouvertes, musique à fond. Et voilà. Je sais pas ce que j’ai bien pu manger ce soir-là. J’ai pas dormi de la nuit. J’ai débarqué chez des amis. Je me suis bourré la gueule. Non. Je sais même plus. Oubli de l’après. L’avant est gravé. Oui, parce que ces morceaux de vie, il faut les figer en nous, les graver dans nos mémoires. Demain peut ne pas exister. Triste. Riche de ce que tu as donné, de ta vie. Meurtri. A jamais. Rien d’autre à dire là-dessus. C’est mon problème. 
Puisque ta maison, aujourd’hui c’est l’horizon… Autre chose. Rien à voir. Comment faire le deuil de quelqu’un qui n’est pas mort ? De quelqu’un de qui on est éloigné définitivement. On le sait. On dirait ce bouquin, là. Un de ceux qui m’ont retourné la gueule : « Les gens sont cons, je te jure ; sous prétexte que tu ris, t’es gai. » « Et toi, est-ce que ton corps a changé ? C’est ce que je me demande à chaque fois que je regarde ta photo. Est-ce que tu as pris de la poitrine ? Est-ce que tu as grossi, est-ce que tu as maigri ? Est-ce que tes joues se sont creusées avec l’âge ? Est-ce que ton odeur a changé, le grain de ta peau, la douceur de ta peau ? Est-ce que tu portes encore un bracelet brésilien ? Est-ce que tes doigts sont toujours les mêmes ? Et ta tête, et tes cheveux ? Est-ce que tu les as laissés pousser ? Est-ce que tu te maquilles, maintenant ? Est-ce que tu t’habilles en dame ? Est-ce que tu mets des talons hauts, des talons hauts pour impressionner les hommes, les exciter ? Est-ce que tu vis avec quelqu’un ou est-ce que tu vis seule ? Est-ce que tu as un enfant ? Est-ce que tu es une bonne mère ? Est-ce que tu [le] vois toujours […] ? […] Est-ce que là où tu habites, maintenant, tu penses à moi tous les jours, comme je pense à toi tous les jours, tous les soirs, toutes les nuits, chaque seconde, chaque instant ?Est-ce que l’oubli est nécessaire à la survie ? » (Diastème, 107 ans). C’est vrai ces machins. C’est fini. J’ai oublié. Plus rien. Guérit. Pas à coup d’anti-dépresseurs. Non. A coup de mots. De livres lus. D’écriture. C’est bien. Et là, j’ai pu lui dire « je suis guérit ». C’est bien, elle m’a répondu. Oui c’est bien. Alors moi aussi je me demande parfois ce que tu fais à cet instant précis. Si tu penses à moi parfois. Moi aussi je pense à toi de temps en temps. Et je me dis qu’on a bien merdé. Que j’ai bien merdé. La phrase qui revient tout le temps, dans ma tête, c’est « quel gâchis ! » Tant pis. Ca empêche pas de vivre. Ca fait juste un poids en moins. Libéré. Enfin libre. C’est bien. Alors vivre à nouveau. Ca veut dire quoi, vivre ? Survivre à cette oppression ? Oui, peut-être. Se survivre à soi-même. C’est pas évident. Réussir sa vie. Je préfèrerai réussir ma mort. C’est moins difficile, et paradoxalement, bien plus héroïque. Il faut attendre d’être mort pour devenir quelqu’un de bien, pour être aimé. Avant, on a plein de défauts. La mort rend parfait. Je pense toujours à ces éternels matins pluvieux de septembre. J’en attends toujours un, cette année. Se décident pas. J’aimerai bien en voir un avant de me coucher, un jour. Pour aller boire cette pluie en tournant en rond, et se déchirant, les gouttelettes ruisseler sur mon vêtement noir synthétique. Tu mets Indochine à fond et tu pleures en rêvant. Pleurer pour quoi, d’ailleurs ? Parce que c’est beau. Non, ma propre mort. Je vois ma propre mort. Je m’aime un peu quand même. Et parce que c’est moi, mes larmes peuvent pas rester à l’intérieur. Quand tu meures, ton sang il va où ? Il devient quoi ? Je suis un peu fasciné par la mort. Mais surtout par ma propre mort. Je suis athée. Athée à fond. Mais même. Je peux pas m’empêcher : et si la mort était plus belle que la vie ? Et si ces absurdités auxquelles croient ces quelques milliards d’êtres humains - et c’est leur droit - inventées par l’Homme et pour l’Homme, pour rendre la mort moins douloureuse, étaient vraies ? Si on allait quelque part ? Si on sentait notre corps happé par un truc bizarre ? Si on nous enlevait notre souffrance, et que le rien qui resterait était rempli de bonheur jusqu’à la fin de l’éternité, pour toute notre mort ? Je sais pas. Mais toi t’es pas morte. T’es juste absente. Partie. Partie sans laisser de trace. Enfin, je sais où te retrouver. Mais partie sans dire au revoir. Je m’en suis remis. Très bien même. C’est plus qu’un voile qui me suis encore un peu. Le voile s’en va. Je ne vais bientôt plus traîner qu’un ciel bleu derrière moi. Tu vois, marcher dans un champ tout vert, l’été. Y a des coquelicots. C’est naïf. Ca fait cliché. Je m’en fous. Ca doit soulager la mort, non. Sais pas. Jamais été. Trop cher, l’avion. Et puis là-bas, les aéroports son rares. Faut les trouver dans la jungle. De toute façon, j’ai peur des lions. Je me vois bien rêver dans la pluie de septembre, tourner en rond, les bras écartés, regarder en l’air et les guitares qui saturent l’air mouillé, des pétales de fleurs noirs qui tombent sur mon corps, mourant, puis sans vie. Et à mon enterrement, t’étais pas là. Ne plus te voir, vivant, je l’ai accepté. J’aurais même peut-être pu être un peu heureux, un jour. Mais ne pas te voir à mon enterrement… Ca m’a prit ma mort. Je suis encore vivant. Dommage. Je connais par cœur ici. Mais je peux encore écrire. Merde. Encore enfermé dans l’écriture que j’aime par-dessus tout. Qu’est-ce qu’on dit à la fin ? Je sais pas. Je crois qu’on dit le plus simple. Tous. On dit… C’est fini. 
16-09-2006, 03:03:01 Nuits et insomnies... Nuits, ou insomnies ?
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